Eternal Time ♪


 

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 Le livre s'achève ||Libre||

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Mindie Carson
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MessageSujet: Le livre s'achève ||Libre||   Ven 16 Aoû - 23:35


entre le 16/8/013 et 26/8/013 
Le livre s'achève
Toute la vie n'est qu'un voyage vers la mort


 




(Si la musique ne marche pas voilà le lien : https://www.youtube.com/watch?v=BGh_Xm6f7Uk)

« Tu te rappels ? Ce jour là, tu étais en jupe sous la neige. Nous avions joué comme des gamins dedans. C’est depuis ce jour là que j’aime la neige. Elle peut te dire merci. »

Je sentis le coin de mes lèvres tressaillirent en un petit sourire en coin.

« C’est ce jour là que nous avons commencé à sortir ensemble. Cette chanson … c’est la tienne. »

J’avais besoin de plus de contact. De sentir son souffle contre le mien. Comme sur le bateau. Comme pendant tous les moments magnifiques que nous avions eut la chance de passer ensemble. Alors je posais doucement mon front contre le sien en évitant habilement les fils qui la maintenaient encore en vie.

« Je t’aime Jemmy Cliffer, depuis toujours et pour toujours. Tu es la femme la plus belle, la plus forte et la plus courageuse que je connais. Je t’aime de tout mon cœur et bien plus encore. »

Je fermais les yeux de douleurs pour ne pas qu’elle puisse s’en rendre compte et l’embrassais sur le front. Quand je les rouvris, je tentais de mettre tout ce que je ressentais pour elle dans mon regard.

Une main se posa sur mon épaule. Je tournais la tête et vit un médecin dans la fleur de l’âge.

« Monsieur, Mlle Cliffer a besoin de repos, vous devriez sortir. »

Je me levai vers lui et le prit à part. Je l’haranguai en chuchotant.

« Besoin de repos. Je sais ce qu’il se passe. Écoutez … je suis son petit ami. Elle a besoin de moi dans cette épreuve. Et quoique vous disiez je ne la laisserais pas tomber.
-Je …
-S’il vous plaît.
-Je … bon je vous laisse un peu de temps supplémentaire. Mais d’autres personnes voudront la voir.
-Je saurais me faire discret. Et si une personne veut de l’intimité avec Jemmy, je sortirais. Je ferais tout pour elle. »

Le médecin hocha la tête et son regard plein de compassion me laissa un goût amer dans la bouche. Il ne savait rien. Il ne savait rien de la douleur que je ressentais et que je devais taire. Je me rapprochais du lit et m’assit sur le fauteuil qui était à côté.

« Jemmy … Je suis là. Avec toi. Je reste tant que tu le veux. »

Je ne savais plus quoi dire alors je décidais de tout mettre dans mes gestes. Je repris sa main entre les miennes et posa mes lèvres dessus. Quand je me redressai, je posai une de mes mains sur son front et lui caressai doucement les cheveux tandis que je continuais à lui parler tendrement. Comme si nous étions ailleurs.

~Tes yeux rougissent… Chris… calme toi…~

Je respirai un coup et m’appliquais à garder mon calme. Seth me connaissait parfaitement. Il savait que je ne tiendrais que grâce à l’amour que je portais pour celle qui était allongée devant moi.  

J’aurais tellement voulu prendre sa place, que ce soit ma vie qui se termine et qu’elle puisse continuer la sienne. Mais le cancer choisi ses proies sadiquement. Et je ne pouvais prendre son cancer. Malgré toute la volonté du monde. C’était horrible ce sentiment d’impuissance qui me rongeait doucement, qui rongeait petit à petit mon cerveau.

Je savais parfaitement que je ne m’en remettrais pas. Mais Jemmy ne le savait pas. Et c’est ce qui m’importait. Que Jemmy parte en paix. Je sentis son doux regard fatigué sur moi et lui adressais un petit sourire triste, certes, mais qui se voulait réconfortant et plein de tendresse.

Cette histoire, notre histoire n’aurait jamais dû avoir de fin. Les mélodies les plus douces et les plus magiques ne devraient jamais en avoir. Le phénix chante bien éternellement. Pourquoi la partition qui représentait leur histoire devait elle avoir une fin. Pourquoi devait-on manquer de pages ?

La mort était injuste. Mais je me devais de garder mon sang froid. Pour Jemmy. Seulement je ne pus retenir une larme qui glissa le long de ma joue et qui vint s’éclater sur le dos de la main de la jeune femme.




made by pandora.

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Katherine [ABS]
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MessageSujet: Re: Le livre s'achève ||Libre||   Lun 26 Aoû - 1:51



    « On passe notre vie entière à s’inquiéter de l’avenir, à faire des projets pour l’avenir, à essayer de prédire l’avenir... Comme si savoir à l’avance pouvait amortir le choc. Mais l’avenir change constamment. L’avenir est le lieu de nos plus grandes peurs, et de nos espoirs les plus fous. Mais une chose est sûre : quand finalement, il se dévoile... l’avenir, n’est jamais comme on l’avait imaginé.» -Grey’s Anatomy.

    L’avenir nous réserve tant de choses que nous ne nous attendions pas. Ils disent souvent que c’est le destin. Que nous ne pouvons pas échapper à ce que le livre du Destin nous a réservé. Lorsque quelque chose de prodigieux s’annonce, ils appellent ça un miracle et lorsque tout tourne mal, ils le nomment Injustice. On ne croit pas tous au destin, car c’est la plupart du temps, nos choix qui nous amènent là où on est, et si ce n’est pas nous, c’est quelqu’un d’autre. Gale avait beaucoup perdu dans sa vie, d’abord ses parents et maintenant son amie ? Cette blonde qu’il avait rencontré lorsque les temps étaient dangereux. Lorsque les mutants étaient menacés. Les deux  étudiants s’étaient retrouvés à s’entraider pour ne pas périr. La jeune fille avait vécu tant, elle avait pleuré et rit, et maintenant quoi ? Elle avait un cancer. L’injustice nous nargue, et pourtant, on ne peut rien faire contre cela. Les deux jeunes adultes s’étaient liés d’amitié et à présent, était-ce le temps de dire « adieu » ? Elle n’avait pas le droit de partir comme cela, elle avait des amis qui allaient la pleurer, et lui manquait. Personne n’oubliera sa personne.

    Gale s’était réveillé en pensant que sa journée allait se passer le plus normalement possible. Aucune vague, aucun événement susceptible de le déranger. Et puis, finalement, il se retrouvait à l’hôpital. Personne ne lui avait dit que l’état de Jemmy s’était aggravé, et celle-ci n’avait même pas daigné de lui dire. Ils étaient amis non ? Visiblement, pas assez pour qu’elle lui confie cela. Il pensait à la journée qu’ils avaient passée la dernière fois. Ils s’étaient bien amusés, il en avait même oublié ses problèmes alors que la blonde ne faisait que de les fuir. Mais Gale ne s’était jamais douté que son corps commençait à abandonner la partie. Il était en colère. Parce que c’était injuste. Comme quoi la vie s’acharnait sur des personnes qui ne le méritaient aucunement. Il détestait cette triste vérité. Pourquoi Jemmy ? Elle, qui avait toujours était très dynamique et souriante. À croire que rien ne pouvait faire disparaître son sourire. Elle était gentille et généreuse avec tout le monde, elle était la première à faire plaisir tout le monde… C’était sans doute l’une des rares personnes que l’ont rencontre une fois dans sa vie.
    Lorsqu’il avait su la nouvelle comme quoi elle était à l’hôpital, il n’avait pas pensé une seconde. Il était tout de suite parti en direction de l’hôpital, afin de savoir si elle allait bien. Ou mieux. Non, il ne fallait pas penser qu’elle était à son dernier souffle, cela ne ferait qu’empirer les choses. L’étudiant était inquiet pour son amie, même s’ils ne se voyaient qu’occasionnellement, il avait une réelle affection pour celle-ci. Donc, sa colère contre sa maladie s’était transformée en une espèce de désespoir, car il savait ce qui l’attendait. Une situation dont il ne voulait - et ne pouvait - pas voir. Simplement, parce que c’était horrible de voir quelqu’un aux portes de la mort. C’était injuste et triste.

    Gale passait le seuil de l’hôpital, d’un pas finalement hésitant et nerveux. Il demandait à l’accueil le  numéro de chambre de Jemmy Cliffer. 213B. Évidemment, le bâtiment B. L’étage des cas graves. Pourquoi… Mais pourquoi, merde ! Il avait longuement hésité, car voir son amie mourir n’était pas quelque chose dont il voulait vraiment témoigner. Il n’avait jamais été doué avec ses mots, mais le fait de devoir dire « au revoir » lui brisait le cœur. Pourquoi ? Parce que Jemmy n’aurait jamais du se retrouver dans une telle situation. Après avoir demandé le numéro de chambre à l’accueil, c’est d’un pas hésitant qu’il se dirigeait vers la dite porte. C’était l’étage des terminaux, des personnes qui éventuellement mourront.

    Il la trouvait facilement, et un petit groupe s’était formé devant. Surement des amis pour la soutenir. Soudainement, il ne se sentait plus à sa place. Il voulait faire demi-tour et s’enfuir. Il ne pouvait pas voir Jemmy malade, cela le tuait. Mais, s’il partait, il s’en voudrait de ne pas la voir une toute dernière fois. En arrivant, il reconnut Iris… son amie. Elle pleurait toutes les larmes de son cœur, ainsi recroquevillée sur elle-même. Le jeune homme hésitait entre venir la voir pour la réconforter, sans pourtant avoir les mots pour l’aider. Et puis, il pensait que peut-être elle voulait juste pleurer et se lamenter un moment. Que ce ne serait pas une bonne idée. Qu’il valait mieux la laisser tranquille. Mais elle était tellement cassée, il ne savait que elle et Jemmy étaient si proches.
    Et puis finalement, un médecin habillait d’une blouse blanche sortit de la chambre, regardant un prochain qui voudrait rendre visite à leur amie malade. Gale s’avançait vers lui, prenant son courage à deux mains, le cœur battant. Il le laissait entrer, et directement ses yeux se posèrent sur Jemmy.

    Nom de Dieu. Qu’elle avait changé. À chacune de leur retrouvaille, elle changeait de plus en plus. Maintenant, c’était juste insoutenable, voir horrible de la voir comme cela. Elle était frêle, livide, pâle et aussi fragile d’une poupée en porcelaine. Non, elle était sur le point de se briser. Peut-être une bonne fois pour toute.

    -Jemmy…

    Avait-il soupiré, d’une voix brisée. Bizarrement, une boule s’était formée dans sa gorge, le peinant à parler. Et puis, du coin de l’œil, il remarquait qu’un autre jeune homme était assis près d’elle, les yeux rougis. Gale ne savait que lui dire, après tout, ils ne connaissaient pas. Il lui présentait un pauvre sourire, qui n’avait rien d’heureux, au contraire, ce sourire était maussade et désespéré. N’y avait-il donc aucun espoir pour qu’elle s’en sorte ? Pourquoi est-ce que dans cette académie, personne  n’avait le pouvoir de la guérison. Assez forte pour la sauver. Il s’approchait de son lit, lui prenant la main. Et pourtant, il ne savait pas quoi dire. Oh salut Jemmy, bon voyage et content de t’avoir connu ! N’était pas le type de choses qu’il fallait dire, car jamais, il n’avait eu à dire ses adieux à qui que ce soit. De plus, la présence de cet inconnu ne rendait pas les choses faciles.

    -Hey Jemmy. Pourquoi tu ne m’as dit que tu allais si mal que ça ? J’étais tellement en colère au début, à cause de … ça –en se référant à sa maladie, mais le mot « cancer » n’arrivait pas à franchir ses lèvres. – Mais plus maintenant… Bref, je suis tellement content de t’avoir connu. T’es une fille géniale qui arrive à arracher le sourire des autres. Tu sais, tu es le genre de personne qu’on ne rencontre qu’une seule fois dans une vie…

    Ses mots devinrent toujours de plus en plus difficile de passer. Sa boule dans sa gorge se resserrait toujours un peu plus. La vie était tellement injuste, elle ne faisait de cadeaux à personne. Il pensait que le médecin allait revenir le chercher d’ici quelques instants, alors il abrégeait. Surtout parce qu’il ne pouvait plus supporter cette pression. Il avait besoin de respirer. Cette ambiance le rendait malade, il ne pouvait pas supporter ces sentiments-là. De la voir comme cela. Il resserrait son étreinte sur sa main, avant de glisser tout bas, comme s’il s’agissait d’un secret.

    -Merci. Pour tout, Jemmy.

    Après ses dernières paroles, il lâchait sa main. Il se dirigeait vers la porte. Mais avant de partir, il se retournait une dernière fois, pour se rappeler de son visage. Même si toutes ses couleurs avaient disparu, elle restait la même. Cette image serait gravée dans son esprit. Il fermait la porte derrière lui, ses jambes s’alourdissaient à chacun de ses pas. Ses mains tremblaient légèrement. Il ne pouvait pas rester là, c’était trop pour lui. Il devait partir. Il avait besoin de rester seul. Au revoir Jemmy, pensait-il doucement. Merci de m’avoir sauver dans l’attaque des mutants. Merci d’avoir été mon ami. Merci de m’avoir fait rire lorsque je me sentais merdique. Merci pour tout.
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Jace Hines
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MessageSujet: Re: Le livre s'achève ||Libre||   Mar 27 Aoû - 22:39


Il y a des jours qui, concrètement parlant, sont des jours parfaits. Parfaits dans le sens que tout va bien, que tout se déroule comme prévu. Il y a des jours qui, concrètement parlant, dérogent à la règle des jours parfaits. L’Homme les nomma les jours horribles, les jours ennuyants, les jours fatigants, les jours malheureux. Les jours gris. Bizarrement, les jours gris sont ceux qui prédominent sur toute la semaine et dans l’esprit humain. Ils kidnappent la bonne humeur, ils enlèvent toute lumière. L’Homme s’accroche pourtant malgré lui à l’éphémère lueur qu’une lanterne lui procure.  Sans s’en rendre compte, il s’entiche de la lueur, il l’éparpille sur sa journée, sur sa semaine, son mois, son année et sa vie. Mais lorsque l’ombre revient, c’est la fin. L’amoureux de la lumière ne connait plus ses moyens de défenses contre son ennemi. Il n’a pas d’armes contre cette noirceur sur sa vie. L’ennemi surgit des ténèbres, s’avancent vers l’humain et, poliment, lui tend la main. Toute logique voudrait repousser les bonnes manières, repousser cette main tendue. Presque bienveillante. En bon humain qu’elle est, l’âme oblige le corps à bouger, à tendre lui aussi la main. Il vient de faire un pacte, de tirer le trait final. La lumière, pour une journée complète, se fera fuyante. Elle se cachera de l’immondice, elle n’approchera pas de l’Homme. Elle pliera bagages pour le recoin le plus éloigné de la galaxie. Cependant, direz-vous, il reste toujours les étoiles. Ces soleils ne font pas partie du pacte. Elles constelleront la nuit, pour l’éternité et à jamais. L’ombre n’est pas assez grande pour assombrir des millions et des millions de fantômes lumineux. Au moins un ramènera la lumière. Au moins un craquera une allumette et enflammera la mèche d’une bougie. Le vent pourra l’étouffer, mais au moins un fantôme lumineux bravera l’ennemi de ses mains nues pour donner vie à la source du bien. L’Homme, par contre, ne connaît aucune ligne du traité. Alors, insouciant, il se lèvera à son réveil avec un sentiment lourd sur la poitrine. Une mauvaise impression. Et il n’aura aucune certitude.

Les épaules lourdes, la bouche pâteuse, les muscles endoloris, une douleur latente à la nuque. En se réveillant ce matin-là, les oiseaux chantaient, le ciel était recouvert d’une couverture diaphane de nuages et le soleil doré filtrait d’entre ce voile. L’univers allait à un mariage, on aurait pu penser. Qui l’aurait cru que ce serait tout le contraire. Jace n’irait pas au mariage du ciel et de la terre avec une telle sensation au creux du ventre et dans chaque fibre de son corps. C’était presque pire qu’avoir pris une gueule de bois : une épée de Damoclès planait au-dessus de sa tête et nul n’a un bouclier assez résistant pour arrêter net sa descente. L’épée, il le savait, ne partirait pas de sitôt. Amür aussi percevait ce malaise lourd de mauvais présages. Pourtant, les deux moitiés d’âme n’en tinrent point compte. Jace se leva, s’habilla et alla déjeuner à l’Académie, comme à son habitude. Il remplaça dans quelques classes, fit quelques rondes, comme à son habitude. Et comme à son habitude depuis quelques temps, il rejoignait une élève au parc. Jemmy. C’était dans les moments les plus désespérées que les individus les plus différents se lient. Ces deux-là s’étaient connus dans un concept purement académique. De surveillant à élève. Le premier, alcoolique et réceptif, la seconde, joyeuse et énergique. Dorénavant, le temps a façonné leur histoire pour inverser les rôles. L’élève se détériore et le surveillant se délivre petit à petit de son vice. Par chance, il restait le surveillant et elle, l’élève. Le subconscient de Jace s’était fait la promesse de protéger les derniers instants de cette petite étoile. Elle s’évertuait à refuser tout traitement, toute aide, alors il ne restait à l’homme son dernier recours : la faire sourire. Il lui offrait son épaule, il lui offrait ses sourires et il lui offrait ses temps libres. Alexia était au courant. Il l’aimait tant pour sa compréhension. Alors, il pouvait se concentrer sur l’étudiante en phase terminale. Comment pouvait-elle quitter sa chambre pour venir au parc, direz-vous? Jace n’en avait aucune idée. Les médecins avaient peut-être renoncés à s’interposer ou avaient-ils su que la fille passait quelques heures avec un surveillant en mesure de la protéger. Jace, lui, ne chercha pas à savoir. Il n’était qu’un soldat au service d’une lumière frémissante, qu’il s’efforçait de réconforter, d’accompagner qu’à la dernière porte.

Ce fut tout bonnement qu’il se rendit au point de rendez-vous. Tranquillement, son sac sur une épaule, Amür se frottant contre sa jambe, inquiète. Il avait prévu lire à Jemmy ses nouvelles histoires, de nouveaux poèmes et quelques anecdotes pour faire briller ses yeux d’azur. Il avait écrit un poème juste pour elle et Flag. Le Rossignol. Titre singulier lorsqu’on connait la blonde et son ewig. Il avait prévu la porter sur son dos, tel un bébé koala accroché à sa mère, et faire le tour du parc. Il avait prévu nourrir les oiseaux. Il avait prévu la ramener dans sa chambre blanche et lui faire la lecture pour s’endormir. Et le lendemain, la revoir pour continuer ce semblant de vie. Il avait prévu de passé une bonne journée… Cela s’annonça bien en voyant Jemmy, plus frêle et décharnée que jamais, mais le sourire aux lèvres. Elle se redressa, leva la main pour le saluer et Jace allait presser le pas pour la serrer dans ses bras lorsqu’elle s’affala sur le chemin de terre battu. Comme une poupée de chiffon. Sans vie. Sachant que sa tigresse se ramassait sur elle-même pour rejoindre la malade en premier, il courut les derniers mètres qui les séparaient. Amür s’occupait du rossignol, Jace, de la fille. Il posa deux doigts sur son cou, deux doigts sur son poignet et attendit. Attendit un pouls. Il y en avait un. Faible. Trop faible. Beaucoup trop faible. Le cœur du Maître des Runes s’accéléra, comme s’il voulait pomper du sang pour deux vies. Ce n’était pas bon, pas bon du tout. Il passa la bandoulière de son sac autour de l’encolure d’Amür, qui tenait Flag dans sa gueule, puis passa ses bras sous les genoux et les épaules de l’élève. Normalement, il aurait utilisé une rune de force pour la soulever. En temps normal. Là, elle était si maigre, la peau sur les os, qu’elle semblait si petite contre Jace, qui n’était pourtant pas musclé du tout. Et elle pesait une plume. Il apostropha le premier marcheur, lui invectiva d’appeler une ambulance. À l’instant. Qu’il fasse fi de leur état de mutants. Et, merci bon dieu, le vieil homme s’empressa de composer le 911. Jace soupira. Il y avait des âmes pures encore. Des âmes pures qui croiseraient inlassablement son chemin. Nerveux, inquiet, un poids lourd au creux du ventre, il faisait les cent pas, tel un tigre prisonnier de sa cage. Il caressait les cheveux rêches, ternis. Il gardait deux doigts sur la jugulaire. Ce n’était pas le moment. Ce n’était pas temps pour elle de partir. Pas quand il remontait la pente, qu’il avait plein d’histoires à lui conter, et qu’elle avait la vie devant soi.

L’ambulance arriva rapidement, faisant crisser ses pneus et hurler ses sirènes, mais selon Jace, ça avait été trop lent. Trop long. Une vie était en jeu, bon sang! Qu’ils se dépêchent, bloody hell! Lorsque des ambulanciers vinrent avec la civière, l’équipement et qu’on lui arracha sa protégée de son étreinte, il devint fou. La voir se faire attacher ainsi, brancher à toutes sortes d’appareil, le rendait méconnaissable. On voulut le mettre dans un autre véhicule avec son ewig, pour suivre l’ambulance de loin. Il repoussa les mains, s’accrocha au rebord de la civière. Il n’entendait plus. Son champ de vision était axé sur le visage fermé de Jemmy. Blotti contre ses jambes, Amûr tentait de prendre le moins de place possible. Une femme vint serrer l’avant-bras du surveillant, en un geste qui se voulait rassurant. « Tout irait bien. Tout était sous contrôle. » Voilà ce qu’elle lui dit. L’alcoolique aimerait la croire. Il aimerait tant. C’était tout ce qu’il souhaitait. Mais il sentait l’aura de l’étudiante s’amincir. Perdre sa lumière. Travailler avec le concept de magie le deux tiers de sa vie, vivre avec des runes et s’occuper de jeunes, ça forgeait la réceptivité. On devenait empathique à tout et pour rien. Chaque variation, chaque anomalie dans la matière, faisait réagir le Maître des Runes. Toute chose possède sa quantité de magie. Et un humain, qu’on dise qu’il soit normal ou mutant, en possédait une énorme quantité. Toutefois, il est alarmant lorsqu’on voit cette poussière dorée s’échapper de la bouche d’une mourante. Personne ne voit cela. Personne. Sauf Jace. À chaque maigre souffle de Jemmy, de la magie quitte son corps. Certes le sang nourrit les cellules grâce à l’oxygène, mais peu connaissent la vérité. La magie, pour ceux qui y croient, fait bouger les êtres, composent chaque personne. Lorsqu’une vie s’éteint, l’énergie revient au point de départ : l’univers. Trop absorbé par ses inquiétudes, il n’entendait même pas les questions des ambulanciers. Une belle journée... Non, quelqu’un avait décidé de lui jouer un mauvais tour. De lui gâcher son bonheur. Il lui ferait la peau, à cette entité. On ne lui arracherait pas sa protégée.

Avant d’arriver à l’hôpital, il fut tenté d’utiliser une de ses runes. Transférer son énergie à Jemmy. Mais Amür l’en empêcha, lui assurant qu’un tour de magie en pleine ambulance pourrait affoler les ambulanciers. Une chance que son ewig était là, sinon il ferait des conneries. C’était sa bonne conscience. On le poussa hors du véhicule, l’empêcha cette fois-ci de s’accrocher au métal froid. La tigresse usa de son imposante carrure pour effrayer un tantinet les hommes et les femmes, et déposa le rossignol maigrichon au creux du cou de Jemmy. Le surveillant suivit de lui, une main enfouie dans la chaude fourrure de sa moitié. Il les voit la soumettre à toutes sortes de tests, la border dans sa chambre et la brancher à une dizaine de machine. C’était une vraie ruche. Des bip bip emplissaient la pièce, cacophonie énervante pour les fervents adorateurs de la vie. L’angoisse d’entendre un son continu emprisonnait les cœurs.

Jace aurait voulu aller directement à son chevet. Rester là à la regarder, à espérer et lui procurer une présence. Lui parler. Ces derniers semaines, il avait toujours été là. Il était la seule compagnie qu’elle se permettait, on aurait dit. Alors il serait toujours là. Ça le tuait de penser cela, mais… Il serait là jusqu’à la fin. Ces médecins ne cessaient de lui rappeler ce mot. Fin. Si cruel et si magnifique à la fois. Fin. La fin d’un livre, la fin d’une année, la fin d’une vie… Le visage collé contre la vitre de la chambre, sa chemise blanche constellée de sueurs froides, une stagiaire l’arracha à ses pensées. Il devait remplir des papiers. Au cas où il y aurait un décès. Il devait statuer sa présence. Il devait rester loin de son élève pendant près d’une heure, à répondre à des questions de son médecin attitré. Il aurait pu la rembarrer, ne faire qu’à sa tête et fondre en larmes. S’effondrer devant ce tombeau immaculé. Surprenant même Amür, il baissa ses yeux céruléens sur le carrelage de nacre et emboîta sans un mot le pas de la stagiaire. Il ne pipa mot. Elle le conduisit dans la salle d’attente, qui contenait quelques personnes affalés sur leur chaise, et lui tendit une liasse de papier. Il prit la paperasse aveuglément, alla s’affaler au fond de la salle et sortit un stylo du sac que sa belle Amür portait encore. Certaines personnes le regardèrent bizarrement, pensant sûrement qu’il allait jeter son courroux sur eux en ordonnant à son tigre de les attaquer. Tellement prévisibles, ces normaux. Il ne se donna même pas la peine de leur lancer un regard courroucé. Ses mains tremblaient, son écriture normalement soignée ressemblait à des pattes de mouche inintelligibles. Les mots, il ne les comprenait plus. Il était un robot. Tout ce qu’il voulait, c’était s’assurer que son koala aille bien – n’essayez pas de comprendre ce surnom, ça venait de leur escapade chez la jeune fille.

Lorsqu’il eut terminé, il ne se leva pas. Il resta figé, ses prunelles perdues dans un monde imaginaire. Amür, aussi empathique que sa moitié, frotta sa grosse tête contre le torse de son bien-aimé. Par réflexe, il enfouit sa tête dans son pelage chaud et écouta son ronronnement. Subtilement, ce bruit l’apaisa. Malgré la noirceur revenue des limbes. Il savait maintenant qu’il avait signé un pacte avec elle. Dans son sommeil, avant même d’avoir débuté sa journée. La noirceur arpentait les couloirs de ce blanc anormal. Elle cherchait sa proie. Lorsqu’elle la trouverait, ce serait trop tard pour les adieux. Peut-être… Peut-être que les médecins avaient raison. Peut-être que la petite allait mourir… Son état s’était en effet détérioré à une vitesse alarmante. Il avait écouté ses confidences, gardé le secret de ses pleurs, enfoui les douleurs par un sourire bienveillant. Il avait tout fait pour l’accompagner dans cette aventure. Ou plutôt, mésaventure. S’il n’allait pas la rejoindre, il faillirait à sa tâche de protecteur. Il échouerait de la plus plate manière. S’il ne bougeait pas son derrière, il s’en voudrait toute sa vie. Il noierait sa défaite dans l’alcool, se rendrait à son ennemi. Il se l’était promis, il ne devait plus jamais, au grand jamais, faire cela. Le surveillant leva sa tête, remarqua que la salle s’était vachement vidée et regarda l’heure. Soixante minutes étaient passées. Soixante minutes à s’inquiéter, à se gifler mentalement. La paperasse avait disparu et un verre en styromousse rempli de Earl Grey se tenait fièrement à son côté. Qui l’avait amené? La stagiaire, sûrement. Sur demande d’Amür? Certainement.

Tel un vieillard, il se leva, fit craquer son dos et son cou. Il ressemblait sincèrement à un vieil homme dans un corps jeune. Il retroussa ses manches, laissant entrevoir ses runes et cicatrices, et redressa ses cheveux bruns. Son cerveau le guida en automate vers la chambre de l’étudiante, un pied devant l’autre. Il enregistra la présence de Gale Hawthorne passant à côté de lui en sens inverse, tête basse. Iris Levy, recroquevillée contre le mur du couloir, les yeux rougis et la courbe de ses joues sillonnée de larmes. Voyant une couverture pliée sur une chaise, Jace la prit et recouvrit cette élève en pleurs. Il ne pensait pas, il agissait. Ça avait toujours été ainsi, et ça le resterait. Il essuya les larmes d’un coin de la mince couverture et serra une épaule, son visage serein. Il ne voulait pas lui soutirer sa peine, à cette élève. Il offrait simplement son aide. L’hôpital avait sûrement déjà appelé l’Académie pour dépêcher des renforts, notamment des membres du corps professoral. Pour l’instant, le Hines était l’unique adulte capable de soutenir ces jeunes, et il mènerait sa tâche jusqu’au bout. Pendant des années, s’il le fallait. Car une perte ne s’efface pas. Jamais complètement. Il hocha la tête à l’intention d’Iris, se releva et entra dans la chambre, sa tigresse se faufilant entre ses jambes. Aucun médecin ne l’avait intercepté, sachant peut-être qu’il était celui ayant ramené Jemmy dans cet état.

Sans surprise, LE Chris se trouvait au chevet de la mourante. Oui, mourante. Jace ne pouvait se voiler la face. Ô combien de fois avait-il entendu la mention de ce nom avec tant d’amour. Tant de regret et de désir aussi. La majeure partie de leur temps passée ensemble, Jemmy lui parlait de son Chris. Le surveillant pouvait presque assurer qu’il connaissait ce jeune homme depuis des années. Mais ce qu’il retenait de ces confessions, c’était le lien entre ces deux âmes. Indissociable. Au-delà de la mort, au-delà des frontières, au-delà de la dernière des dernières portes. Ces deux âmes resteraient liées à tout jamais. Et elles se retrouveraient. Un jour. Jace fit un hochement de tête en directement de Chris, puis s’approcha de Jemmy. Il s’assit sur le rebord du matelas, le faisant grincer dangereusement. Il se plaça de telle sorte qu’il la surplombait, qu’il avait directement ses yeux dans les siens. Lui épargner le plus de mouvements était une de ses préoccupations. Son visage rongé par une barbe coupée le matin même, de petites rides creusaient leur gouffre au coin des prunelles du Québec, et à l’endroit de ses fossettes. Un sourire. Voilà ce qu’il arborait. Son regard était dégagé, aucune larme n’apparaissait. C’était normal. Tout à fait normal. Il n’avait pas prononcé un seul mot, il ne faisait qu’ancrer son regard dans le sien, tel un vieil ami retrouvant après des décennies une âme perdue. Tel un protecteur envers sa protégée. Puis, il parla. Sa voix était chaleureuse, bienveillante et rassurante. Sa voix habituelle. Devant Jemmy se trouvait le Jace de toujours, avec ses runes et sa lueur taquine dans le regard. Il ne changerait pas. Elle partirait avec l’image d’un ami fidèle.

- Le rossignol volera toujours,
Tant qu’il aura ses ailes à la lumière du jour,
Lorsque l’ombre étendra sa cape,
Le rossignol prendra un nouveau cap.

Son chant retentira dans l’air,
Pour que les battements des cœur s’accélèrent.
En un dernier marathon,
Pour lui rendre hommage à l’unisson

La mélodie appellera le fidèle compagnon.
Il accourra, désireux de l’accompagner dans sa dernière promenade.


Sa voix se fit plus basse, plus douce encore, et il murmura :

- Ne t’inquiète pas, je prendrai soin de lui.

Il se pencha vers elle et déposa un baiser sur son front. Il lui sourit d’un sourire immense.

- Dors bien, Koala. On se revoit demain. Je te conterai une nouvelle histoire.

Il resta assis sur le rebord du lit, à contempler cette lumière s’éteindre tranquillement. La poussière dorée s’échappait inéluctablement de l’interstice de ses lèvres, et son grand départ ne tarderait. Jace ne la reverrait pas de sitôt. Mais, en quelques sortes, les amis se retrouvent toujours à un moment ou à un autre. Les gens partis laissent des traces. Que ce soit leur odeur, des vêtements sales, un jouet, une bague… De telle manière qu’ils restent près des vivants. Dans leur mémoire, dans leur cœur et dans la pierre. Le surveillant inclina sa tête. Un signe. Une permission silencieuse qui signifiait « Tu peux partir, reviens me rendre visite de temps en temps ». Il l’avait promis : il serait là jusqu’à la toute fin, jusqu’au commencement, jusqu’à la dernière des dernières portes. Coûte que coûte.
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Mindie Carson
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MessageSujet: Re: Le livre s'achève ||Libre||   Jeu 29 Aoû - 1:02


entre le 16/8/013 et 26/8/013 
Le livre s'achève
Toute la vie n'est qu'un voyage vers la mort